Acupuncteur aux pieds nus

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LE RETOUR

Par walter fischer :: 19/12/2009 à 4:04
BONJOUR A TOUS.
J'AI DECIDE DE CHANGER DE PLATE-FORME POUR MON BLOG.
POUR DES RAISONS PRATIQUES.
JE FAIS UN ESSAI MAIS NE SUIS PAS CONVAINCU PAR LE CHANGEMENT.
VOICI LA NOUVELLE ADRESSE: http://www.acupuncteur-apn.com/Blog/.

WALTER

JACQUES A BOMBAY. SES MOTS, SES IMAGES

Par walter fischer :: 17/11/2009 à 14:16
Cinq mois et vingt deux jours plus tard, selon Ujwala, je me retrouve enfin à Bombay, je retrouve mes marques et notre dispensaire. Et aussi Jacques, mon ami acupuncteur, un Suisse de la montagne, avec qui j'avais fait le premier voyage d'acupuncture dans les bidonvilles en mai 2007. Avant de reprendre le fil de mes aventures, je vous laisse découvrir Jacques et ses impressions. Enjoy.



05.11.09 Back to India, sans Walter cette fois-ci, qui lui attend son visa en Europe. Ce n’était pas prévu ainsi, nous devions nous rejoindre sur place et travailler ensemble. Peut-être pourra-t-il me rejoindre pour mes derniers jours à Mumbai, je l’espère.
Crainte, il y avait, avant de quitter la Suisse, je gardais le souvenir d’une Inde oppressante, d’un Mumbai qui nous broye et nous avale. Mumbai n’a pas changé, mais Walter a si bien organisé ma venue que mes craintes se sont calmées. Ujwala, notre assistante, super disponible, venant aussi à ma rescousse devant toutes les complications de mon quotidien indien.


(Ujwala et Pooja)

Je découvre la clinique le lendemain de mon arrivée, moment émouvant de découvrir le travail effectué par Walter ces deux dernières années, le sentiment agréable qui m’a envahi en pénétrant son espace de travail. L’endroit est clair, frais, accueillant, paisible, propre. Une oasis au milieu de la crasse et la poussière. Je m’y sens tout de suite bien.  La clinique se trouve en bordure directe d’un grand bidonville au coeur d’une petite rue commerçante et animée, on n’y croise aucun occidental, mais les gens me laissent tranquille et ne m’assaillent pas, il y a une sorte de respect réciproque. Je me sens hyper protégé.
Ce n’est pas rien ce qu’a réalisé Walter, ceux qui connaissent l’Inde me comprendront aisément.



09.11.09 Voilà maintenant trois jours que je travaille à la clinique, les patients défilent tous les quart d’heure, en moyenne il y a une vingtaine de patients par matinée, une majorité de femmes et comme demande de traitement, la douleur, la douleur et encore la douleur. Genoux déformés, dos brisés, épaules surmenées, corps fatigués, hémiplégie, paralysies, etc... Ujwala est là qui me seconde, assistée de Pooja et depuis ce matin Mohamed vient aussi donner un coup de main et se former. Il est avide de connaissance, je crois comprendre qu’il est issu d’une dynastie d’acupuncteurs indiens, il a surtout l’air de connaître des recettes pour soigner mais ne sait pas diagnostiquer, pas grave il est motivé à apprendre et très enthousiaste.
Pooja se révèle très consciencieuse, charmante, appliquée et aussi très intéressée à apprendre. Je sens la patte de Walter, les exigences qu’il a transmises ainsi que la persévérance qu’il a dû développer pour arriver à ce résultat, parce qu’ici encore plus qu’ailleurs jamais rien n’est gagné.



Nous voilà donc quatre à faire tourner la clinique. Tout se fait dans la bonne humeur et les patientes profitent de l’endroit pour se réunir, refaire le monde, parler de la famille et de que sais-je, cela créée une belle animation, j’entends parfois des gens chanter dans la salle d’attente. Je reçois des petits cadeaux, des caramels.
L’équipe est bien rodée, je n’ai presque rien besoin de demander, les choses se font, les patients défilent, ça roule, c’est super agréable. Les quatre lits sont bien vite occupés et travail il y a, mais je ne ressens pas de stress, tout est si bien maîtrisé par Ujwala et Pooja qui se plient en quatre pour me faciliter la tâche.
Cette expérience humaine me porte et m’encourage à aller de l’avant, je crois saisir où Walter a trouvé la force pour continuer à se battre pour que ce projet se réalise, malgré les obstacles, malgré l’Inde. Je suis heureux d’être là, ravi de participer à cette aventure.



JACQUES A BOMBAY (2)

Par walter fischer :: 16/11/2009 à 15:12


15.11.09. Un dimanche indien, réveil par le croassement des corbeaux, cris d’enfants qui pratiquent du cricket «sauvage» sous mes fenêtres. Le téléphone sonne, Ujwala qui s’inquiète de mon programme du jour, si je veux qu’elle passe m’amener à manger. Quelques 10 jours plus tard et pas mal d’angoisses au début, je crois enfin avoir trouvé le rythme de cette ville.



Mumbai m’a mis face à des choses difficiles, je me suis senti dans une perte de repères totale, en danger, hors de tout réconfort possible, je me suis senti comme un petit enfant ayant besoin de tendresse, j’ai du me battre pour sortir de cet état, pour ne pas m’isoler, me faire violence et aller à la rencontre des rumeurs de la rue, cela m’a épuisé. 



Heureusement, le travail à la clinique est tellement génial, que cela gomme mes turpitudes existentielles. Il règne à la clinique une ambiance tellement joyeuse, chaleureuse. Pas un jour, surtout le jour des dames, sans des rires, des mots sympas, des regards complices, rieurs. Quel bonheur de pratiquer comme cela, du monde dans toutes les pièces, ça cause, ça échange. Des nouveaux patients débarquent, mis au courant de la reprise de l’activité de la clinique.



Chaque jour des mots de tendresse, des retours positifs, des corps soulagés par les traitements, moins de souffrance, me dit-on, un climat de confiance s’est établi, les patients n’ont plus peur de se lâcher, de parler, de dire, de raconter leur vie. Avant-hier, une femme est restée toute la matinée à la clinique, faisant la pitre, jouant la maman pour les autres patientes, jeu de rôle hilarant qui a fait se tordre de rire la majorité de l’assemblée du jour, j’en ai gardé le sourire toute la matinée, contaminé par cette joie de vivre enfantine, si simple, si touchante. Il y a bien sûr, le poids du quotidien de ces gens qui est là, leur vie difficile, leurs soucis, l’effort permanent pour s’en sortir.



J’essaie de donner le meilleur de moi-même, de rester humble, j’essaie de pratiquer une acupuncture la plus simple possible. Je me sens aux sources de cette médecine ancestrale, j’ai la sensation d’être dans le juste, d’être à la bonne place, que notre projet rêvé il y a quelques années autour d’une table de bistrot en Suisse est dans le juste, qu’il va dans la bonne direction, qu’effectivement, l’acupuncture est une vraie médecine sociale, transmissible, reproductible et hautement efficace. Je me projette déjà dans le futur et m’imagine revenir ici pour seulement observer la pratique des acupuncteurs formés par nos soins.
Ujwala commence à piquer, Mohamed sur mon injonction, pas très enchanté, fait le cobaye. Pas d’exercices pratiques sur les patients.


KAFKA SUR LE RIVAGE INDIEN

Par walter fischer :: 30/10/2009 à 22:19
Je vous comprends bien, vous ne comprenez pas ce que je fais encore sur le sol belge. J'ai dû faire quelques efforts aussi. Je dois à chaque fois expliquer à mes questionneurs que les voies de l'administration indienne sont impénétrables. J'ai toutefois essayé d'être plus objectif et complet à ce sujet. Voici à peu près la dernière explication que j'ai envoyée à un ami curieux de comprendre....



Les autorités indiennes ont changé il y a peu leur politique vis à vis des ONG (qui se comptent par dizaines de milles) et autres travailleurs sociaux).
Je pense que la raison de ce changement présente plusieurs facettes:    

    - les attentats à Bombay en novembre 2008 ont été partiellement financés par d'obscures ONG.
    - d'autres ONG beaucoup moins obscures mais pas toujours recommandables s'adonnent à diverses activités illicites: souvent du commerce mais parfois des trafiques peu reluisants, d'après ce qu'on m'a dit, l'appât du gain fait faire de tristes choses aux hommes.
    - pour des raisons que je suppose économiques, les services consulaires belges ont fortement réduit le débit des visas octroyés à des pays comme l'Inde et la Chine, et parfois de manière fort cavalière, ai-je entendu dire. L'Inde riposte en serrant le robinet aux ressortissants belges.
    - le gouvernement indien (moi aussi) se méfie comme de la peste des initiatives humanitaires cachant des actions évangéliques.
    - l'Inde en plein essor économique prend sa revanche sur le passé et un vent nationaliste souffle sur la région: ce que l'on peut faire nous-même ne sera plus fait par des étrangers.

Tout cela peut expliquer leur position par rapport aux ONG. Ce n'est jamais que mon avis et celui de ceux qui m'entourent.

Il y a évidemment du burlesque qui vient s'en mêler: pour ne pas prendre position ouvertement, j'imagine, le Ministère des affaires étrangères indien n'a pas édité cette année la liste des ONG agréées et donc autorisées entre autres à inviter des travailleurs sociaux (tel que moi-même). Ce qui signifie que depuis 4-5 mois les ambassades doivent demander l'autorisation à Delhi pour octroyer le fameux visa de volontaire. Mais, fait plaisant, Delhi ne répond plus... Même pas à ses ambassadeurs. C'est du moins une explication avancée. Les dossiers d'ONG s'empilent donc dans les ambassades, tandis que les gentils organisateurs volontaires pleurent toutes leurs larmes en attendant que ça passe. Mais ça n'a pas l'air de passer, j'ai donc usé de différents contacts pour essayer de débloquer la situation, dont certains assez inattendus. Qui ont peu fonctionné jusqu'à ce jour...

Suite du feuilleton, la semaine prochaine.
Ca fait plus de quatre mois que ça dure. Me revient donc notre fameuse phrase: "in India, if you have patience you will lose it, if you don't you will learn it..."
Amis de la poésie indienne, je vous souhaite la bonne nuit!


AUTRE PAUSE

Par walter fischer :: 20/10/2009 à 20:10


La vie est obscurité,
Sauf là où il y a élan.
Et tout élan est aveugle,
Sauf là où il y a savoir.
Et tout savoir est vain,
Sauf là où il y a travail.
Et tout travail est vide,
Sauf là où il y a amour.

Khalil Gibran

UN MEDECIN CHINOIS?

Par walter fischer :: 26/09/2009 à 9:40
Merci à ceux qui se et me demandent où je suis. Pas en Belgique, mais pas encore en Inde non plus...
Atterri tôt ce matin à Shanghai, j'ai pris le train magnétique aérien qui relie l'aéroport à la ville à 300 km/heure. La Chine avance vite, non? Après une petite heure dans un réseau de métro aussi propre qu'efficace, je me suis retrouvé sur le trottoir d'un quartier excentré pour savourer et dévorer une soupe de nouilles. Humm. C'est la vie, ça. Bon d'accord, je n'ai pas fait tout ce trajet pour satisfaire mes papilles gustatives et mon attirance pour la culture chinoise. Je vous parle depuis un bout de temps de nos efforts pour trouver un médecin chinois désireux de venir nous aider à Bombay. Il y a un mois, un candidat, que nous n'espérions plus trop, s'est présenté. Il semble remplir une bonne partie des conditions requises (pas toutes, entre autres la connaissance de l'anglais). Il fallait maintenant le rencontrer en personne pour tâter l'homme en chair et un os, le regarder dans les yeux en s'assurer qu'il a l'étoffe pour se retrouver 8 mois dans notre bidonville.
15h55, heure locale, j'attends le médecin qui va organiser la rencontre. Bouddhiste. Son dojo est délicieusement calme après une nuit blanche transcontinentale.



Quant au visa indien, beaucoup de tentatives via différents contacts pour approcher directement Delhi la silencieuse, mais peu de réponses encore. Qui parlait d'avoir et perdre sa patience?!

DANS L'ATTENTE UTILE?

Par walter fischer :: 31/08/2009 à 17:52

Que voulez-vous que je vous dise, moi?! Je sais que ce blog ne donne pas énormément de nouvelles, mais je suis toujours en Europe à attendre mon visa indien. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles? Mon oeil! Je m'impatiente, ras-le-bol. Ujwala aussi. Le dispensaire est ouvert mais tourne un peu au ralenti. Nous avons heureusement très bien avancé en ce qui concerne la formation des futurs étudiants indiens: quelques acupuncteurs européens dont certaines pointures ont proposé de se joindre à nous. Formidable. Nous avons sans doute aussi trouvé notre fameux médecin chinois, enfin. Une partie de ce bon monde arrive en Novembre. C'est très bientôt, deux mois. Il me faut rentrer et chercher urgemment des étudiants volontaires. Vite...

En attendant, j'essaie de promouvoir notre action "Acupuncteurs aux pieds nus" en Belgique. Autant que mon séjour forcé serve à quelque chose. Et il sert! Grâce entre autres à quelques articles de presse, dont en voici un bien mis bon synthétiseur de notre esprit, dans le magazine ELLE Belgique.  Vous aurez au moins de quoi lire. Nous continuons donc de cette manière -et par d'autres biais encore- à sensibiliser et réunir des fonds pour notre action dans ces bidonvilles que j'ai hâte maintenant de retrouver!

Walter Fischer "L'acupuncteur aux pieds nus" dans magazine ELLE Belgique, août 2009.

Walter Fischer "L'acupuncteur aux pieds nus" dans le magazine ELLE Belgique, août 2009.



Walter Fischer "L'acupuncteur aux pieds nus" dans le magazine ELLE Belgique, août 2009.

PETITE PAUSE DEVIENDRA LONGUE

Par walter fischer :: 22/07/2009 à 13:17
Sept semaines plus tard... toujours en Belgique. Pause forcée, l'ambassade Indienne effectue quelques "recherches" supplémentaires concernant mon activité en Inde. En attendant pas de visa, donc pas d'entrée. Et ceci sans aucune précision de date, sinon leur "rappelez dans 15 jours"... tous les 15 jours!
Je profite de notre plat pays en essayant d'organiser la relève à Bombay à partir d'ici. Tout semble bien se passer. Notre médecin Sri Lanka nous a quittés il y a trois jours mais la providence (vraiment) nous a déposé un acupuncteur américain qui a commencé il y a deux jours.
La mousson tombe sans excès encore, mais le toit du dispensaire fuit déjà.


PETITE PAUSE (photos Lydie Nesvadba)

Par walter fischer :: 12/06/2009 à 16:47
                         


                         

On me demande ce qu'il en est de notre nouveau grand dispensaire. Pas de nouvelles, que ce passe-t-il?
Ce qui ce passe c'est que je suis de retour en Europe pour renouveler mon visa et me la couler douce quelques semaines. La clinique est entre les mains du docteur Bandula Kumar, du Sri Lanka, dont je vous avais déjà parlé.
Les patients sont ravis et leur nombre a doublé semble-t-il depuis l'ouverture.
Ujwala veille au grain, sans problème me dit-elle.
Très satisfait, je profite du bon air d'ici.
Je retourne aux fourneaux début juillet.

                         

Une petite histoire.
Depuis mes voyages dans les pays moins développés économiquement, je me pose souvent la question du prix à payer pour profiter de plus de confort matériel. Les pauvres, heureux malgré eux? La vie dans les bidonvilles d'Inde est dure et injuste, et il faut lutter absolument pour y améliorer les conditions du quotidien.
Il y a quelques semaines, je me promenais dans un quartier "redéveloppé": on détruit les taudis pour construire des buildings à 15 étages. De l'eau courante, des toilettes, de vrais murs, une chambre supplémentaire. Mais quelque chose manque. En construisant trop vite, trop bon marché, en se foutant des futurs habitants, on détruit leur articulation sociale, l'humanité qui les unit.
A la fin de l'aménagement de notre nouveau dispensaire, plus grand plus beau, je trottais sans arrêt, insatisfait, dans tous les coins de cette vaste pièce. Quelque chose manquait. Je me doutais de quoi, mais laissai faire.
Le tout premier jour après l'ouverture, une vieille patiente, sur un lit au milieu de ce nouvel espace, attend qu'on lui enlève les aiguilles. Sur pieds, ses premiers mots ont été: "je me sens seule ici". Dans la minute, nous avons regroupé les lits et du coup rapproché les gens. Le lendemain, l'atmosphère avait gagné le coeur de nos patients resserrés rassurés.

Comme si la pauvreté malgré elle, malgré ses inacceptables souffrances, gardait les hommes plus proches... unis?

                            

LIFTING

Par walter fischer :: 21/05/2009 à 19:29
Voilà la journée finie.
Chouette ouverture.
Beaucoup de monde.
Une belle cérémonie (puja)... interminable!
Pas fort le courage d'écrire.
Donc à la place, quelques photos des travaux.
Pour le plaisir du changement.












LYDIE ET LES PRINCESSES

Par walter fischer :: 21/05/2009 à 4:05
Le mois dernier, Lydie Nesvadba, une copine photographe est venue passer 10 jours à Bombay pour faire un reportage. Je ne sais pas quel sera le titre final de son travail mais son idée était de photographier "les princesses des bidonvilles", des femmes dans leur maison, leur environnement. Ujwala, les travailleuses sociales et les patientes à qui j'avais parlé de cette idée, ont été emballées par le fait que quelqu'un ait envie de montrer autre chose que la crasse et la misère des bidonvilles. Qui sont des endroits pleins de vie, de beauté et de beautés. Ce sont elles qui se sont occupées de Lydie pendant 9 jours, l'ont guidée à travers leur rues, présentée à leurs voisines, leurs cousines, leurs amies.
Elle m'envoie de temps en temps une photo de Bruxelles, au fur et à mesure du développement.
Je me permets de vous mettre l'eau à la bouche.

http://lydienesvadba.com




 

QUESTION DU JOUR

Par walter fischer :: 20/05/2009 à 5:23
En pleins travaux pour l'ouverture de notre nouveau "centre", je passe beaucoup de temps dans le quartier de notre dispensaire (puisque nous ouvrons deux rues plus loin). Je vois la majorité de nos patients dans leur environnement et prends le temps de parler aux voisins, amis... Je me rends compte une fois de plus qu'une partie de ces patients aurait certainement les moyens de payer 50 ou même peut-être 100 roupies au lieu des 10 roupies que nous leur demandons aujourd'hui.
Je ne suis pas venu en Inde pour ça. Je ne veux pas dépenser mon temps, mon argent et votre argent pour çà!
Comment agir correctement? Comment mieux organiser notre action? Comment lui donner la juste direction?

Je reviens à mon idée de base: pour atteindre les plus démunis et ne pas attirer les  moins démunis, il faut nous enfoncer et nous installer plus profondément dans les bidonvilles.
Ce que nous ferons dès que possible avec notre prochain dispensaire..
Une autre solution est de créer des cartes d'enregistrement qui donne accès à nos soins uniquement aux plus pauvres, identifiés par nous ou par des travailleurs sociaux d'autres ONG avec qui nous pouvons collaborer.
Et aussi prévoir régulièrement des journées éducatives pour expliquer à des populations ciblées ce qu'est l'acupuncture et surtout à quoi elle peut leur servir.
C'était ma rogne du jour, merci de l'avoir écoutée


TOMATES ET NIRVANA

Par walter fischer :: 16/05/2009 à 20:09
Me promenant en dehors de mon quartier, je voulais vérifier le prix du kilo de tomates. Alors que j’arrive devant sa charrette en bord de route, voilà que le marchand recouvre sa marchandise d’une sale toile plastique. En pleine heure d'affluence. Les autres acheteurs potentiels ne semblent pas s’étonner. Je regarde autour de moi pour comprendre et aperçois un attroupement dans la petite rue en face. Un gros tas de fleurs apparaît entre toutes les jambes. Je m’avance. Sous les fleurs jaunes et oranges, un cadavre, qu'une maison du bidonville vient de sortir devant le seuil de sa porte, sur la rue. C'est un vieux, son bonnet blanc sur la tête, les yeux plissés et la bouche grand ouverte comme si la mort lui avait marché sur le pied avant de l’emporter. Le reste des préparatifs se termine sur le pavé, on ficelle le corps au brancard en bambou, on ajuste le col de sa chemise, on l’asperge d’eau parfumée, l’encens enfume la rue, on vient le saluer, offrir une prière. Quelqu'un s’arrête à mon côté, un sac plastique à la main, sans doute un membre de la famille avec plus de couronnes de fleurs, non c’est un sachet d’ordures, un curieux qui allait à la poubelle la plus proche.
Bientôt les mâles proches du défunt vont lentement soulever le vieil homme et l’emmener à pied jusqu’au crématorium, sur leurs épaules. Tout au long de ce dernier voyage, un fils ou un frère à l’avant du cortège jettera des pétales, des larmes et du riz cru, comme pour lui indiquer le chemin, devant celui qui nous a quittés.

Le Parti du Congrès a massivement gagné les élections.

J’ai oublié de demander le prix des tomates.



ET POURQUOI PAS?

Par walter fischer :: 12/05/2009 à 19:27
Dernières semaines avant la mousson qui débutera vers le 15 juin.
Il fait chaud et très humide. La poussière partout.
Mais les mangues sont délicieuses. La saison dure deux mois. Un régal.


Le Dr Tolia a cessé de travailler avec nous il y a 15 jours. C'est un médecin expérimenté et stable qui a tout le bagage pour assumer pleinement un dispensaire, à ce niveau-là elle va nous manquer.  Mais certaines incompatibilités.  J'ai donc repris à nouveau les aiguilles et les consultations au dispensaire. Ca fait toujours du bien de reprendre ce travail. Etre dans l'action, avec les gens.
Bien sûr cela retarde l'avancement de notre projet d'expansion.

La semaine dernière, un acupuncteur Sri Lankais nous a rejoints, le Dr Bandula Kumar. C'est un jeune praticien, doué, qui pratique et enseigne depuis quelques années dans une école à Colombo. Je l'ai rencontré lors de mon voyage en janvier dernier. C'est un bon élément pour nous. Il était prévu qu'il reste 6 mois, mais il partira déjà en juillet. Ce qu'il a trouvé ici n'est pas ce qu'il attendait.
Je cherche aussi depuis janvier à faire venir un médecin chinois qui resterait à Bombay pendant une année.
Sans succès: les attentats de novembre dernier ont réussi à effrayer les Chinois qui déjà n'ont pas une très bonne opinion de l'Inde.
Donc, pas mal de contre-temps, mais pas d'abandon, l'idée reste toujours bien sûr de nous étendre à d'autres bidonvilles, si pas cette année, l'année prochaine. Il faut trouver d'autres acupuncteurs, mais surtout il faut former notre propre équipe pour assurer stabilité et autonomie, car comme je vous l'avais déjà expliqué, les acupuncteurs compétents ne se bousculent pas au portillon pour faire de l'humanitaire. On les comprend...



Depuis que je vis et travaille en Inde, je suis souvent frustré de ne pouvoir offrir plus: il y a tellement de besoins, surtout d'emplois et d'argent. Mais on ne peut pas tout faire, certainement pas tout seul. Je me limite donc strictement à l'acupuncture. Or nous avons un problème majeur: trouver des étudiants désireux d'apprendre l'acupuncture et de travailler avec nous ensuite. Ma frustration, ce problème de recrutement et récemment le message d'un ami m'ont aidé à trouver une nouvelle voie, ou plutôt à préciser notre voie actuelle.
Jusqu'à maintenant je cherchais nos futurs étudiants uniquement dans les milieux médicaux, par sécurité et facilité.
Mais des gens qui ont fait 7 ans d'études veulent très justement pratiquer leur médecine et faire de l'argent, pas du social. Donc pourquoi ne pas faire de l'acupuncture et aussi créer des emplois grâce à elle? Pourquoi ne pas pousser la logique de partage et d'évolution sociale, et aller recruter dans les bidonvilles-mêmes?
Chercher des caractère rares, prometteurs mais sans études supérieures et sans boulot satisfaisant. Les chercher via  des organisations caritatives impliquées et travaillant sur place.
Et les former (en anglais, médecine de base et acupuncture).
Ils travailleraient ensuite pour Acupuncteurs Aux Nus, dans nos dispensaires contre salaire. A mi-temps, ce qui leur permet d'ouvrir leur propre cabinet le reste de la journée.
C'est bien sûr une solution qui comporte pas mal d'obstacles et qui impliquera une évolution plus lente. Mais je la trouve cohérente et complète.
Il faudra continuer à recruter dans le milieu médical, car nous aurons toujours besoin de médecins pour garder notre action dans la légalité (officiellement seuls les toubibs ont le droit d'exercer l'acupuncture), pour  enseigner et superviser les non-médecins.



Dans le registre bonnes nouvelles: nous avons enfin trouvé la semaine dernière un local pour notre Centre: nouveau dispensaire d'acupuncture, un petit bureau et une pièce encore pour massages et consultations en ayurvédique. Avec eau courante et toilette! Le tout pouvant servir de local pour nos formations. Ce n'est pas très grand, mais assez. Pas mal de travaux, mais un loyer réduit ( 130 euros/mois). Pas le grand luxe (quoique), mais pratique.
Ouverture officielle le 21 mai entre 12h et 13h30, heure faste pour cette manifestation selon les astrologues et calendriers lunaires. Nous casserons donc à nouveau la noix de coco sur le seuil de la porte avant d'en répandre le lait.



Enfin, le meilleur pour la fin: le nerf de la guerre.
Une fondation belge a décidé de nous soutenir pendant trois ans, sur base d'un budget que nous leur avions soumis.
Elle ne finance pas l'entièreté du projet, mais elle nous permet de bien avancer et de voir à plus long terme. C'est un grand  pas et soulagement. Nous continuons bien sûr à chercher des finances pour clôturer 2009 et surtout pour assurer les deux prochaines années.

Vous voilà en courant de l'actualité aux pieds nus.
Merci de me lire. A bientôt.




TENAIT DANS SON BEC UN FROMAGE...

Par walter fischer :: 30/04/2009 à 14:05
Merci à ceux qui m'ont demandé des nouvelles, qui m'ont poussé à réécrire.
Ce matin en chemin vers la clinique, j'ai dû déposer ma bicyclette avant d'arriver à destination, un énorme camion de pompiers rouge était stationné devant notre porte, bloquant toute la circulation. Deux trois bonshommes casqués sur notre toit, au moins autant sur la rue et une centaine de curieux le pif en l'air. Ne voyant pas de fumée s'échapper de la fenêtre, j'ai pensé à un nid de guêpes. Deux pompiers agitaient un long bambou vers les branches d'un arbre. Pas de guêpes pourtant... mais un corbeau pendait accroché par une aile, à la ficelle d'un cerf-volant échoué dans l'arbre. Le pauvre, l'aile détruite, s'agitait désespérément à chaque approche de la perche qui finalement le libéra.
Quelqu'un avait téléphoné aux pompiers qui se sont déplacés pour un oiseau.
Wouaa...
Dans un pays où des gens crèvent de faim et de maladie sur les trottoirs.
J'ai beau m'attendre à ce que l'Inde me surprenne toujours, l'Inde me surprend toujours!



C'étaient les élections aujourd'hui dans quelques états de la plus large démocratie au monde, entre autres à Bombay. Plus de mille partis se présentent dans toute L'inde. Je ne m'intéresse pas à la politique, mais les chiffres sont impressionnants dans ce pays. Rien que le liste électorale de Bombay doit faire une dizaine de pages.
Je pensais que ce serait un grand jour de désordres, mais de mon côté aucune agitation. La seule chose que m'a rappelé qu'on votait est le trait de couleur marqué sur l'ongle majeur de mes patients passés à l'urne.
Résultats nationaux définitifs dans 15 jours.

SHANGHAI HUMANITAIRE

Par walter fischer :: 04/12/2008 à 4:46

J'aurais préféré commencer par vous raconter mon voyage chinois plutôt que nos violences meurtrières à Bombay, mais l'actualité en a décidé différemment.

Voici donc maintenant Shanghai.
Séminaire de 15 jours organisé par:
    - Acupuncture Sans Frontières,
    - l'ONG Dorje
    - The Shanghai Insight Ancient Chinese Medicine Training Center

Formation destinée à des acupuncteurs, qui deviendront des formateurs à leur tour dans des régions défavorisées.
La majorité des participants étaient Chinois et Taiwanais. Plus quelques Américains, Canadien et Belge. Le responsable de la formation était Français. Quelques invités: des médecins et profs chinois.



Un prof français qui enseigne la médecine chinoise à des Chinois? Est-ce bien sérieux? A première vue pas trop, mais le professeur en question n'est pas n'importe qui: Jacques Pialoux, un pilier et novateur de la vieille garde de l'acupuncture française . Plus de quarante ans de pratique et de recherche. Inspiré par Georges Soulié de Morant,  il a hérité des travaux de Jacques Martin-Hartz et travaillé avec d'autres grands, comme Charles Laville-Méry. Je dois bien dire que j'étais fort réticent à l'idée qu'un Français qui ne parle ni ne lit le chinois aille donner des leçons aux Chinois. Mais devant l'érudition et la générosité de cet homme, ma résistance s'est peu à peu estompée tandis que l'audience chinoise se montrait de plus en plus enthousiaste de la vision qu'il leur offrait de leur propre médecine. Il faut préciser que Mr Pialoux a été invité à donner ce séminaire par un médecin chinois, le docteur Li Xin, que je pense être de très grande qualité.

En ce qui me concerne, je ne sais encore que penser et comment utiliser son enseignement et ses techniques qui perturbent un peu trop ce que j'ai appris depuis 7 ans. Je me donne le temps de digérer toute cette matière. Ce fut en tout cas une superbe occasion d'approfondir les bases, de revoir ce que je connais ou plutôt tout ce que je ne connais pas. Et aussi de redonner (en plus d'une technique rigoureuse) toute leur valeur à l'intériorité et à la pensée claire indispensables à une pratique énergétique efficace.



Ce séjour m'a aussi apporté des rencontres inattendue, entre autres des praticiens auprès desquels j'aimerais continuer à étudier.
Et puis encore, j'ai été très étonné par l'accueil qu'a eu notre projet indien. Un nombre surprenant de personnes se sont montrées intéressées à participer au projet d'une manière ou d'une autre: dons en espèce, envoi d'aiguilles, proposition d'aller en Inde pour pratiquer....
J'ai été touché par cette solidarité. Imprévue, donc d'autant plus belle.

Concrètement pour notre projet à Bombay, ça signifie quoi?
    - Dans un premier temps des liens indo-chinois à développer, la livraison régulière de nos aiguilles, quelques donations.
    - Peut-être aussi la venue d'un médecin chinois pendant 6 mois ou un an à Bombay. Il faudra alors trouver plus de fonds et "le" médecin intéressé pour ce type d'action: ce serait une formidable opportunité d'élever la qualité de notre service dans les bidonvilles.
    - En 2009, collaborer avec Acupuncture Sans Frontières pour la formation d'acupuncteurs humanitaires en Inde.



Et pour couronner l'ensemble, tout le séjour a eu lieu dans une endroit idéal  pour ce type de rencontre, offert par la propriétaire, Annly Chyn dont l'hospitalité et le bon goût nous ont charmés.

http://www.acupuncture-sfi.org/
http://www.dorjenet.org/index_en.html
http://www.annlyschina.com/about.html


Voilà, quelques idées. Action.

BOMBAY 26 NOVEMBRE 2008

Par walter fischer :: 30/11/2008 à 15:58


Le 26 novembre. De Shanghai, retour à Bombay ce matin. Ce soir, l'Inde une fois encore frappée par l'extrémisme politico-religieux. Beaucoup de sang, de feu et d'armes sur les écrans de notre télévision. Peu de larmes en réalité. Reportages en boucle, jour et nuit. De grands titres très éloquents "Guerre sur Bombay"... Les média savent profiter des catastrophes.

On annonce près de 200 morts et 300 blessés. On parle du double.




Je suis surpris de voir le calme dans le reste de la ville. Pas d'émeute, pas une seule explosion intercommunautaire. Du moins que je sache. Je suis surpris par la maturité de la population, ici souvent rapide à casser des vitrines. Il y a de quoi, dans cette ville des plus riches et des plus pauvres, où tout semble si étriqué, imbriqué, où tous semblent vivre les uns sur les autres dans des conditions qui devraient pousser à la révolte.
Un voisin me raconte que ces manifestations violentes (les explosions intercommunautaires) sont souvent le jeu populiste des partis politiques prêts à gagner des voix et du terrain, peu scrupuleux à exploiter toute situation et à sacrifier quelques vies au passage. La fin justifie les moyens. Tiens, pour le terrorisme aussi.



Revenons aux hôtels de luxe pris en otage, brûlés.
Symboles de richesse. D'injustice. On peut le voir sous cet angle.
Le terrorisme cherchant à écraser la vie, le plus possible de vies, ne peut pas être défendu pourtant.
Aucune cause ne peut justifier ses actes. Jamais. Point.

Point. Que peut bien pousser des jeunes hommes d'à peine 20 vingt ans à rentrer dans une gare, sortir leurs flingues et tirer à bout portant sur d'autres enfants? Que peut bien pousser des hommes à vider le crâne d'autres hommes (ou le remplir de vide) pour mieux les envoyer à la mort, la leur et celle de tant d'autres?



La société c'est nous. Chacun d'entre nous. Sans exception. Sans bouc émissaire possible. Nous la formons la société et les titres de nos journaux sont la liste de nos symptômes. Les crises de la société, ce sont nos maladies intérieures qui se manifestent. Les écrans de télévision et leurs JT, nos moniteurs médicaux.
Les deux tarés, qui ont descendu sans hésiter une soixantaine de voyageurs le 26 novembre à la gare Victoria, c'est nous.
Inutile de dire que je n'ai aucune solution pour empêcher les milles autres carnages et injustices à venir, par contre je suis convaincu qu'elle ne naîtra que d'une transformation intérieure des hommes. Nous.
Il y a encore de la route!
Il faudrait y travailler sérieusement...

CHINE

Par walter fischer :: 08/11/2008 à 3:21
Un court et rapide message avant de prendre mon vol.
Le Dr. Tolia, notre nouvelle acupunctrice a pris son boulot en mains ce mardi.
Nous avons travaillé ensemble toute la semaine. Plutôt positif.
Je lui laisse notre dispensaire et nos patients pendant trois semaines.
Je suis un peu inquiet (c'est ma nature) mais confiant.
Moi, je pars à Shanghai pour assister une formation organisée en Chine pour des acupuncteurs humanitaires.
Je ne sais pas  ce que ça va donner mais j'espère au moins que les rencontres avec des gens qui font la même chose, ou presque, que moi seront motivantes et pourront déboucher sur de nouvelles possibilités.
Je reviens le 26 novembre.

DIWALI SUR FOND DE CRISE

Par walter fischer :: 27/10/2008 à 19:38
Inde, grand pays amateur de festivités religieuses.
Septembre et octobre surchauffent: on a eu Ganpati, Dashevra.
Maintenant enfin Diwali, le grand festival hindou.
Notre Noël, plein de guirlandes, de cadeaux et de sucreries.
Les écoles, les bureaux ferment.
Le dispensaires ferme aussi. Après deux mois de haute fréquentation.
Ca va faire du bien. Après deux mois bien crevants.



La crise financière est encore loin d'ici mais elle frappe.
Mes patients des bidonvilles eux s'en foutent de cette crise-là.
Ils souffrent plus de la hausse du prix du riz et des lentilles (la base de leur alimentation).
Mais le dispensaire lui s'inquiète.
L'espoir d'ouvrir le projet à d'autres acupuncteurs, de trouver un local moins étroit et d 'incorporer la médecine ayurvédique souffre des finances perdues dans le casino mondial.
Retour case départ.
Ou presque. Cette fin d'année qui devait être un grand tournant est à peine un léger virage.
J'ai quand même engagé une acupunctrice indienne qui commence le 4 novembre.
Oui, c'est une date importante.
Peut-être.
Première fois que je délègue mes aiguilles.
Je pars en Chine en novembre pendant deux semaines pour une réunion d'acupuncteurs aux pieds nus.
J'aimerais laisser le dispensaire tourner sans moi.
Si ça marche, c'est une victoire.
Mais sans finance, le futur sera rude.
On s'accroche, on cherche, on avance....
Et en attendant les beaux jours, on va danser et se goinfrer de douceurs à la cardamone.



CE QUI A CHANGé

Par walter fischer :: 15/09/2008 à 7:16


Bon, là il est temps de me remettre au travail. Celui de la plume. Je ne vais pas m'attarder sur les raisons de ce long silence de 6 mois. En gros, en simple: insatisfait,  stressé, plongé dans toutes les préoccupations d'un lancement,  je ne parvenais pas à partager, à vous rendre compte des avancements. Si lents, si petits. J'en ai un peu bavé et je n'avais pas trop le coeur à vous raconter .

Je ne vais pas essayer non plus de combler le vide de commentaires. J'imagine que les évènements de cette époque qui méritent d'être relatés me reviendront à l'esprit. Vous devez tout de même savoir que le dispensaire est toujours ouvert, tourne très bien et n'a pas rencontré le tas de problèmes que j'avais projetés avant l'ouverture
Je suis de retour à Bombay depuis 15 jours après plus d'un mois de "vacances" en Europe et ce que je relis de mes premiers billets me semble fort loin.



Ce qui a changé c'est d'une part le travail au dispensaire.
C'est sûr qu'après plus de 6 mois ardus, je me suis amélioré, en me familiarisant avec les maladies locales et leurs spécificités, avec les patients et la manière de gérer nos rapports. Ils se sont aussi je pense habitués à moi. C'est drôlement plus convivial. "Drôlement" n'est finalement pas trop mal choisi, car j'ai bien plus de plaisir maintenant qu'à l'époque où presque tout me faisait peur (les cas difficiles, les jours avec moins de patients et de résultats, la réaction de gens, des voisins,...). C'est important d'avoir du plaisir. Sinon, ça ne vaut pas la peine. Dans ce type d'action, sans joie, il n'y a pas grand chose d'important à partager avec autrui. Vraiment, le sacrifice, ce n'est pas mon truc.

Tous ces visages. Formidables, ils me remplissent. Je trouve incroyable toutes ces vies . Toutes différentes. Pourtant toutes ayant en commun l'essentiel qui fait que les hommes sont reliés entre eux, que nous sommes tous reliés.



Et d'autre part (ce qui a changé), le travail en dehors du dispensaire.
Jusqu'au mois d'août, j'avais tellement la tête plongée dans mes aiguilles que je n'étais pas capable de faire autre chose, de penser à autre chose. C'était une étape indispensable, mais il faut que ça change. Je ne peux pas travailler seul, sinon je suis condamné à ne pas évoluer. Ce projet de dispensaire à Bombay et mon envie de le voir continuer à vivre après mon départ nécessitent des rencontres, un réseau de gens qui veulent participer.



Un article dans un journal important de Bombay m'a donné une nouvelle visibilité. Une journaliste est venue au dispensaire, a discuté avec les patients et a décidé d'écrire à ce sujet. Ce qu'elle a très bien fait. Tellement bien que le jour de la parution, nous ne pouvions pas répondre à tous les appels téléphoniques que nous recevions. Ces appels m'ont fait sortir de mon trou, fait rencontrer des médecins, d'autres acupuncteurs, d'autres milieux. Le temps est venu d'ouvrir le projet à d'autres. Nous ne sommes pas loin, il reste en effet encore tout à construire : financement, nouveau lieu, partenaires adéquats, associés motivés et responsables... Mais la décision est prise, le chemin est là, faut l'emprunter. Et là encore, je suis assez certain que ça ne va manquer de piment.




Il va falloir s'organiser autrement. Systématiser un peu. Mettre sur pieds le fonctionnement autonome de ce bout d'équipe. Il va aussi falloir communiquer mieux. A commencer par refaire le web site. Trop axé sur mon expérience personnelle de rêveur aux pieds nus. Le blog restera mon mode "privé" de communication, tandis que le site se doit d'aborder d'autres sujets, plus vastes: replacer le projet dans la situation générale des bidonvilles, expliquer plus largement à quoi sert l'acupuncture et particulièrement ici, intégrer les nouveaux acteurs, rechercher et encourager les potentiels donateurs sur du plus long terme.... Sortir de l'aventure individuelle pour donner naissance à un projet collectif.



En pensant à tout ce qui nous attend, je me demande si finalement je ne ferais pas mieux de retourner me cacher derrière mes aiguilles!



Mais en quoi consiste ce "nouveau projet"?
Il y a toujours la partie purement "aux pieds nus", c'est à dire aller vers les régions les plus défavorisées dans le monde et utiliser mes aiguilles comme moyen de changement. Que j'ai toujours en tête, mais qui, il faut bien dire, a du plomb dans l'aile. D'abord donner les bases et des ailes solides au projet Bombay avant de pouvoir repartir. Idéalement, à Bombay j'aimerais aménager un local plus spacieux et y intégrer d'autres thérapeutes: Ujwala (mon assistante actuelle) à la tête de la mini organisation, un ou deux acupuncteurs, un médecin en ayurvéda accompagné d'un masseur/une masseuse (on ne mélange pas les genres ici) et une assistante/traductrice. Je trouverais très bénéfique pour les patients (et simplement aussi intéressant, stimulant) de pouvoir intégrer dans notre pratique l'acupuncture et la médecine traditionnelle indienne.
Et à partir de ce centre, ouvrir d'autres petits dispensaires dans la ville.
D'ailleurs si des dispensaires devaient être ouverts dans d'autres pays, j'aimerais renouveler l'idée et travailler avec la médecine traditionnelle locale...



Toute l'équipe serait salariée mais chacun devrait bien sûr montrer un intérêt réel pour le travail social. Je pense que c'est la seule solution pour obtenir une équipe stable et responsable. Attendre de la part de ces médecins, et assistantes qu'ils travaillent gratuitement n'est pas réaliste. On pourrait sans doute trouver des acupuncteurs qui accepteraient de travailler quelques heures par semaine sans salaire, mais ce ne sera jamais fiable et impliquerait une logistique totalement hasardeuse. Après quelques mois, on peut tout recommencer. Or le but est que ça tourne sans moi.

Tout cela devra évidemment être organisé pas à pas, sans hâte. Poser chaque brique au bon moment. Nous avancerons en fonction du financement disponible (s'il arrive,  car pour l'instant quelques pistes seulement, mais rien de concret) et de l'arrivée des gens de terrain.
Comme c'était le cas pour l'ouverture du dispensaire, il ne sert à rien de forcer, il faudra saisir les bonnes opportunités.



On a réouvert le dispensaire la semaine dernière. Il a fallu rafraîchir sérieusement l'endroit. Gros nettoyage mais surtout quelques couches de peinture, tout moisit ici pendant la mousson. La poubelle communale se trouve toujours sous la fenêtre et, "bonheur", le magasin égorgeur de poulets plus loin dans la rue a maintenant déménagé juste à côté de nous. C'est un ravissant concert de mouches et d'odeurs. Donc de toute manière, si on ne parvient pas à étendre le projet  ailleurs, comme nous l'envisageons maintenant, il faudra de toute manière changer de local qui décidément commence à manquer de charme. Mais pour l'instant, c'est notre "chez-nous", on fait avec...

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